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"Je regarde les femmes comme des appels de fiction et comme des chapitres qui passent devant moi." Alexandre Jardin

Alexandre Jardin, racontez-nous votre rencontre avec Françoise Verny, votre première éditrice?
D’une manière totalement improbable ! D’abord je ne voulais pas écrire de roman donc l’affaire était pliée. Puis un jour, ma pièce de théâtre est arrivée sur le bureau de Françoise Verny par une de mes connaissances. Et elle a eu immédiatement envie de me rencontrer. Mais je ne voulais pas écrire de roman ! Et j’ai décliné la proposition. Et contre toute attente, Françoise Verny a insisté pour venir manger chez moi. Ce jour-là, j’ai ouvert la porte, j’habitais encore chez ma mère et j’ai vu une femme ivre morte dans une robe sac, avec une coupe au bol d’un aspect improbable. Elle m’a attrapé par le col et m’a hurlé “Chérie, fais moi un roman !”. Et là j’ai compris que ce n’était pas une plaisanterie et que Françoise Verny travaillait vraiment chez Gallimard. C’était tellement improbable que j’ai accepté.

Parlez-nous plus en détail de ces deux phrases “Les femmes me font basculer” ou encore “les femmes sont un appel de fiction”.
Je regarde les femmes comme des appels de fiction et comme des chapitres qui passent devant moi. Je n’en connais pas de vraiment dans les clous. Car, dans la plupart des cas, les femmes se racontent des histoires prodigieuses pour arriver à vivre. C’est vrai que j’ai tendance à suivre celles qui me proposent un roman hors format. On me demande souvent si ces femmes existent réellement et je trouve la question navrante car cela implique que certains hommes n’ont pas voulu voir ces femmes-là. Il y a des femmes productrices de romans de bonne qualité, que je regarde comme des auteurs non pratiquants car elles produisent du texte malgré elles. Ca court dans les rues des femmes comme çà! J’écoute, je ne juge pas et ça m’enchante ! J’aime les êtres qui me proposent un autre point du vue sur la vie.

Existe-t-il quelque chose de plus passionnant sur Terre que la femme en général et chaque femme en particulier?
Non, très clairement ! C’est le début du romanesque et le début de l’imprudence.

Bon nombre d’auteurs disent souvent que l’écriture est la colonne vertébrale de leur existence. A votre sujet, on serait tenté de dire que les femmes sont les colonnes vertébrales de votre écriture?
Oui ! Je n’avais jamais envisagé une hydre avec plusieurs colonnes mais oui ! (rires)

Pourrait-on parler dans ce nouveau texte d’un parcours initiatique à travers et dans les femmes?
Oui ! Les véritables études supérieures, je les ai faites en rencontrant des lectrices foldingues, des professeurs et des amantes. C’est un fait à condition de ne pas en avoir peur et de ne pas se méfier de leur folie. Puis il faut accepter de se faire transformer. Que les femmes nous changent, c’est une opportunité ! (rires). Pourquoi résister au fait de changer?

Finalement, vous dressez une fresque de femmes plus affriolantes les unes que les autres, mais Liberté s’impose comme le sens de cette quête.
Liberté est le surnom que j’ai donné à l’héroïne de mon livre. Peut-être qu’elle ne veut pas m’épouser mais elle attend que je la demande en mariage. Car j’adore les demandes en mariage et encore plus lorsque je met le paquet en imagination ! Et je m’amuse comme un fou ! (rires) Nous ne sommes pas des êtres cohérents et heureusement car la vie serait beaucoup moins drôle !

D’après vous, quelle est la chose la plus importante que vous avez appris ou saisi des femmes?
Je dirais le fonctionnement paradoxal de la vie. Si vous faites une non demande en mariage à une femme, elle aura forcément beaucoup plus envie de vous épouser. Le fonctionnement profond de la vie est le fonctionnement paradoxal alors que je pensais que le monde fonctionnait à partir d’une certaine logique. Le monde fonctionne à rebrousse poil. Si vous vous présentez à une femme et que vous lui dites que vous êtes très troublé, que cette situation ne vous arrange pas du tout et vous lui demandez donc de faire comme si vous ne lui aviez rien dit, vous voyez bien que vous introduisez le vert dans le fruit. C’est une technique bien plus efficace que l’attaque frontale. (rires) J’ai écris ce livre pour tirer profit de ces femmes-là et de ce qu’elles peuvent nous enseigner.

Quelle est l’âge de votre bibliothèque, Alexandre Jardin?
Aucun! Parce que je n’ai pas de bibliothèque constituée. Je donne les livres que j’aime. Car je ne veux pas m’arrêter et je veux que ma bibliothèque provisoire soit celle d’un homme provisoire. Et j’ai terriblement peur des bibliothèques sarcophages !

Votre mère dit “ il faut toujours avoir le pied sur l’accélérateur?” Est ce que cela vous a incité à aller toujours plus loin dans votre boulimie des femmes?
Ma mère était une formidable éleveuse, très stimulante et j’adore cette femme ! Elle est à la fois infernale et vivante. Elle a toujours tout fait pour nous projeter vers le monde avec un enthousiasme complet.

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