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Quintette d’Eric Le Lann.

Festival « Les Arènes du Jazz ». Paris.Les Arènes de Montmartre. Lundi 21 juillet 2008. 21h.

Eric LE LANN: trompette
Pierrick PEDRON : saxophone alto
Laurent DE WILDE : piano
Thomas BRAMERIE : contrebasse
Jean-Pierre ARNAUD : batterie

Après un album bossa nova « Le Lann plays Jobim », un album breton « Origines », un album Jazz Rock « Le Lann&Top », Eric Le Lann revient aux standards du Jazz ce soir pour le premier concert de ce nouveau quintette. Il y a même fait revenir Laurent de Wilde après des années d’électro.

Pour commencer « Today » une composition d’Eric Le Lann dans le style d’Herbie Hancock. Ca sonne groovy. La rythmique est d’acier. La trompette d’Eric plane. Le sax de Pierrick tranche. Ils sont dedans dès le premier morceau. Sûrs et tranquilles. Dans le phrasé bop à l’alto, Pierrick Pédron est décidément plus intéressant que Stefano di Battista car il ne sent pas la copie conforme. Le groupe joue en sourdine derrière un solo écorché d’Eric. Dans les arènes gallo romaines, on louait des coussins pour le confort fessier des spectateurs. Dans celles-ci, aux gradins refaits en béton, ce n’est pas le cas. Ca manque. La rythmique se déchaîne puis se calme pour le retour des cuivres au final.

Le Lann commence seul « The man I love ». A comparer avec la version enregistrée au festival de Jazz de Vannes en 1999 en duo avec Martial Solal au piano. Superbe solo d’introduction. Personne n’applaudit. Restons concentrés. Avec la rythmique le tempo s’accélère et ce n’est plus une ballade. Mon voisin ne cesse d’applaudir et de battre la mesure à contretemps. Il doit souffrir de dyslexie rythmique. C’est très agaçant mais comment briser sa joie ? Les arènes sont pleines à craquer. Il fait très beau pour ce concert du soir en plein air. Le site est bien abrité du vent. Pierrick se lance à toute allure mais sans jamais perdre le contrôle. On est bien dans le format standard. La rythmique seule avec le piano en leader puis le retour des cuivres. Final sur un tempo latino fort sympathique.

L’avantage du concert en plein air c’est que les fumeurs peuvent s’intoxiquer sans gêner leurs voisins et sans violer la réglementation en vigueur. « Portrait in Black and White » d’Antonio Carlos Jobim que Le Lann a enregistré deux fois, d’abord en duo avec Martial Solal à Jazz à Vannes en 1999, puis en duo avec le guitariste Jean Marie Ecay sur l’album « Le Lann plays Jobim ». Les spectateurs retardataires s’assoient dans l’allée centrale, dans l’herbe et la terre. C’est peut-être plus confortable que les gradins en béton.
“Je ne parle pas à un homme qui ne respecte pas les principes” disait Aristote. Ces Jazzmen respectent les principes des standards. Exposé collectif du thème, solo de trompette puis de sax ou l’inverse, rythmique seule avec le piano en leader, retour au thème en groupe, final. C’est toujours pareil et à chaque fois différent. La différence, c’est l’émotion alliée avec la technique. Et avec Eric Le Lann et Pierrick Pédron en première ligne le spectateur en a pour son argent. Dans le ciel bleu pâlissant du soir se tiennent des cirrus, nuages d’altitude signes de beau temps. Les murs blancs d’immeubles montmartrois Belle Epoque forment l’arrière plan de la scène entourée d’arbres. Bref, le lieu est délicieux.

« What’s new ? ». Pierrick Pédron lance le débat. L’éclairagiste décide de mettre en marche les projecteurs de façon à éblouir les spectateurs. A l’inconfort de notre place s’ajoute maintenant l’aveuglement ! Pierrick surfe sur le thème bien soutenu par la rythmique. Puis il s’efface. Le duo piano/trompette lance « I fall in love too easily » comme le faisaient Herbie Hancock et Miles Davis lors de la fameuse tournée européenne du Miles Davis Quintet à l’automne 1967. Le duo piano/trompette est une spécialité d’Eric Le Lann qui a enregistré sous cette forme avec Michel Graillier en studio et avec Martial Solal en concert. Eric ajoute de la densité émotionnelle dès qu’il s’empare d’un thème. Contrebasse et batterie aux balais arrivent en douceur. Le vent se lève, fraîchit l’atmosphère, mais pas la musique. Le ballad medley se poursuit avec la rythmique lancée dans « You don’t know what love is ». Après des années de création electro, Laurent de Wilde connaît toujours ses classiques. Il introduit des décalages, des petits machins qui n’ont l’air de rien mais qui font tout. Les souffleurs reviennent ensemble. Le Lann introduit seul une ballade dont le titre m’échappe. Chaque note est distillée, pesée, vécue. Après cette splendide introduction, la rythmique le rejoint. Là où Eric jouait doucement, presque lentement, Pierrick joue vite et fort. Question de tempérament. Le final est un moment de fusion émotionnelle au ralenti. De Wilde frotte les cordes du piano pour faire le chant des mouettes en contrechant de la trompette.

Pour finir « Round about Midnight» de Thelonious Sphere Monk, pianiste et compositeur sur lequel Laurent de Wilde a écrit un livre qui fait autorité. Et c’est lui qui commence. Eric Le Lann joue ce morceau comme il faut, voilé de brume et d’émotion. Les montres marquent 22h07, nos cœurs marquent minuit. Pierrick Pédron ajoute un son parkérien en diable sans que cela fasse copie. Malgré l’inconfort du lieu, la magie de la musique opère. Le son du groupe n’a jamais été aussi dense, aussi cohérent. Cette version est magique. On est vraiment dans la saveur de l’original sans que ça sente le réchauffé. Après un tel final le public en redemande et obtient le rappel.

« If I should lose You ». Pierrick commence en duo avec le piano. Ca commence comme une ballade puis ça accélère. Le Lann les rejoint. Duo de cuivres. Pierrick, seul à l’alto, file et le groupe repart. Entendre en 2008 de la musique des années 1950 sans que ça fasse chiqué, c’est la classe. Mon voisin continue de battre des mains à tort et à travers, moi de battre des pieds. Bref, tout le monde est content.

Les musiciens toujours chauds entament un blues breton tiré de l’album « Origines » d’Eric Le Lann. Une version purement Jazz sans chant breton. Et ça colle. Il faut dire qu’Eric Le Lann et Pierrick Pédron sont tous deux natifs des Côtes d’Armor en Bretagne. Et ça s’entend. Parole de Rennais.

 

Guillaume Lagrée

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