Petit frere Eric Zemmour Propos receuillis par Nicolas Vidal - Il vient de publier “Petit frère” aux Editions Denöel et le voilà confronté à une vindicte puissante de la part des apôtres du politiquement correct. Eric Zemmour, journaliste au service politique du Figaro, chroniqueur dans l’émission de Laurent Ruquier, utilise à sa manière le récit pour faire l’état des lieux d’une société française qui fait face à des problèmes sociaux majeurs. Avec la parution de ce livre, Eric Zemmour pose la question du rôle de l’auteur en prenant un fait divers et tissant en son sein une fiction sujette à de nombreuses controverses. Qu’on partage ou non les idées de Zemmour, il est urgent de se demander si la liberté d’expression d’un auteur ne doit pas jouer un rôle important dans la prise de conscience publique. A vous de voir... Entretien avec Eric Zemmour.

Avec la parution de ce livre, Eric Zemmour pose la question du rôle de l’auteur en prenant un fait divers et tissant en son sein une fiction sujette à de nombreuses controverses. Qu’on partage ou non les idées de Zemmour, il est urgent de se demander si la liberté d’expression d’un auteur ne doit pas jouer un rôle important dans la prise de conscience publique. A vous de voir...

Vous avez tour à tour écrit des romans comme “L’autre”, “Petit frère” et des essais comme “Le livre noir de la droite” ou encore “Le premier sexe”. Quel est le genre qui vous donne la plus grande liberté d’expression, la fiction ou l’essai?
Les deux donnent une grande liberté d’expression. Il y a des sujets, à mon sens, qui attirent plus l’essai et d’autres sujets qui attirent plus le roman. Je voulais traiter depuis longtemps l’anti-racisme et de la révolution que constitue l’arrivée de millions de gens du sud de la Méditerranée. Je me suis lancé dans le roman car je pensais sincèrement que je ne ferais pas mieux que certains essayistes qui avaient préalablement traité ce sujet. De plus, je suis fasciné par les romans “balzaciens” qui essaient de rendre compte de toute la société à travers la fiction et le romanesque.


Vous restituez l’ambiance de différents milieux sociaux, leurs parlers, leurs préjugés. Comment avez vous fait pour collecter ces matériaux. Votre métier de journaliste vous a t-il aidé?
J’ai commencé par une enquête journalistique classique et je suis allé voir la famille de la victime dont je me suis inspiré. J’ai rencontré des gens dans l’immeuble. Concernant le narrateur, ce sont des gens que je connais très bien et qui font partie de mon milieu actuel de journalistes et d’intellectuels. Pour le ministre et les hommes politiques, c’est la même chose car je les côtoie depuis près de 15 ans. J’ai par la suite ramassé tous ces éléments et j’ai constitué un dossier. Puis je me suis lâché dans la fiction.

A travers ce roman, vous semblez soucieux de rétablir des vérités étouffées par les médias, d’alerter le lecteur et déchirer le voile du consensus mou qui régit les débats d’actualités. Vous considérez-vous comme un écrivain engagé?
C’est exactement ce que je souhaite faire. Je pense qu’il faut déconstruire le modèle politiquement correct. Il faut retourner ces armes-là contre leurs auteurs. Et le roman en fait partie.

Le regard que vous portez sur la France est empreint de nostalgie et en même très pessimiste. D’après vous, la France est en train de sombrer et à terme peut-être disparaître. Bref, vous sonnez le tocsin en quelque sorte?
Absolument ! Il y a un grand danger pour ce pays car les gens ne s’y sentent plus attachés. Cette notion se délite aux yeux des élites et des nouvelles générations.

Dans votre roman, les juifs français n’ont pas le choix : soit ils quittent leurs quartiers, soit ils émigrent en Israël ou en Floride. N’y a t-il aucune autre issue vos yeux?
J’ai voulu raconter la société française depuis trente ans avec ses tourments et ses contradictions. Mais également puisque la victime est juive, ces mêmes tourments et mêmes contradictions de ces juifs français. Ces juifs ont été travaillés depuis trente ans par la reprise en main religieuse, la mythologie sioniste et le mythe américain. C’est un repli identitaire et religieux. Le sionisme qui est une idéologie anti-religieuse refait alliance avec la religion dans les années 1980. D’où des départs vers Israël, vers la Floride et ceux qui quittent les quartiers populaires pour aller vivre dans les quartiers bourgeois. Parce qu’ils se sentent inquiets. La démographie a basculé dans ces quartiers en quelques années. Lorsque vous êtes minoritaires, vous vous adaptez mais lorsque vous devenez majoritaires, vous pensez normalement que c’est aux autres de s’adapter à votre communauté.

Vos personnages musulmans véhiculent dans votre livre des idées inquiétantes jusqu’à des idées très antisémites allant jusqu’à dire qu’Hitler aurait été envoyé par Allah. Cette description vous paraît-elle correspondre à la réalité?
Mes personnages musulmans correspondent à deux aspects. Maman Fouad est un modèle de femme remarquable et très bien intégrée. Puis, vous avez la famille de l’assassin qui est une famille fragile, et qui sont loin d’être des mauvaises gens. Mais ils basculent dans la prolétarisation à quoi s’ajoute des malheurs. Le père tombe au chômage, le petit frère est pris en main par une bande puis par un imam. C’est un engrenage terrible. L’inactivité du mari joue un grand rôle car il perd son autorité sur sa famille. Et je pense sincèrement que le meurtre commis par le petit frère correspond à la volonté d’être réintégré dans sa bande.

Et cette idée que des jeunes français sont fascinés par l’intégrisme musulman. A vos yeux qu’en est-il?
L’Islam est une religion qui a gardé les caractéristiques des religions ancestrales. Ils n’ont pas subi l’offensive laïque qui les a confiné dans le privé. Et donc ils ont les caractéristiques de la religion au moyen-âge avec une visibilité, une sociabilité et un contrôle des individus pour le meilleur et pour le pire. De notre point de vue, nous voyons essentiellement le pire car, depuis notre société laïcisée, nous voyons l’emprise du collectif sur l’individu. Mais il y a aussi le meilleur qui est l’entraide sociale. Et je pense qu’il y a des individus issus de familles de tradition chrétienne mais complètement déchristianisées, esseulées qui se sentent malheureux dans cette société individualiste, fascinés par une religion à l’ancienne qui a gardé cette sociabilité et cette solidarité.

On découvre également des politiques de droite qui adaptent par intérêt ou par aveuglement idéologique une attitude plus conciliante avec les communautarismes en particulier. On pense à l’évolution de Gaspard.
Gaspard est le mélange de vrais hommes politiques. Ils ont évolué avec le temps en faisant des compromis avec l’évolution de la société. Ils ont cédé et renoncé comme Gaspard dans le livre. Les phrases de Gaspard ressortent des enquêtes que j’ai pu mener en tant que journaliste politique et que je ressors dans ce roman. Toute la presse aujourd’hui est empreinte de ce politiquement correct. Et pour m’amuser, j’ai voulu qu’il ait une relation avec une jeune journaliste afin de montrer les différences de comportement. Mon narrateur est un peu un BHL à qui la jeune journaliste donne des leçons de politiquement corrects à la différence des jeunes journalistes qui, eux, sont complètement endoctrinés par ce même politiquement correct.

Bref, la France serait-elle dans la situation d’un malade frappé d’un mal incurable?
Ma raison me pousse à vous répondre oui. Car j’aime pousser le raisonnement jusqu’au bout et cette logique m’attire vers le pessimisme. Mais mon côté affectif me dit qu’il y a un avenir.

 

Eric Zemmour - Petit Frère ( Editions Denoël )

 

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