"Un mois à Avignon" par Florence Camoin

C'est la première fois que je vois autant de spectacles dans les deux festivals. Cela a été quelque fois un immense plaisir et à d'autres moments une terrible souffrance, mais n'est-ce pas le jeu de la diversité du spectacle vivant que d'affronter toutes les formes d'expression...

C'est la première fois que je vois autant de spectacles dans les deux festivals. Cela a été quelque fois un immense plaisir et à d'autres moments une terrible souffrance, mais n'est-ce pas le jeu de la diversité du spectacle vivant que d'affronter toutes les formes d'expression ? Je voudrais d'abord dire assez, assez !... assez à ceux qui ne veulent que du In, c'est à dire du festival d'Avignon, le off n'existant pas au regard de tous ces cadres cravatés accompagnés de leurs dames chapeautées qui croient que seule la programmation du in, c'est du théâtre... Là, dans cette programmation faite par Hortense Archambaud et Vincent Baudrier, là aussi, j'ai vu le pire comme le meilleur ! Je ne tiens pas à faire un inventaire. Je crois que les journalistes qui démolissent un spectacle sont des... non, je n'ai pas de nom pour les qualifier... A quoi bon démolir un spectacle alors qu'il y en a tant d'admirables à défendre ? Quelle perte de temps ce fiel répandu !
Je vous affirme haut et fort, mesdames et messieurs qui se croient d'un magnifique chic distingo intello en allant fréquenter uniquement la cour d'honneur du Palais des Papes ou quelques cloîtres In-iffugés, qu’il y a autant de spectacles soutenus par le Ministère de la Culture dans le In que dans le Off, qu’il y a autant de médiocrité et de talent dans les deux festivals. La seule différence, c'est la liberté de choix pour vous les spectateurs et pour eux, les artistes... dans le off.
Si je dois crier ma douleur, c'est seulement face à cet envahissement terrifiant, tentaculaire du télévisuel dans ces deux festivals... Dans le In, on dit "Performance", dans le off, on dit "One Man Show"... Ne passons pas, ne laissons pas passer... Assez de ce nivellement vers le bas qui assaille nos plateaux... Pourquoi ne restent-ils pas devant leur écran de télé si c'est cela qu'ils aiment. Il vaut mieux les voir de plus prêt encadrés que de loin en sueur ? Non ? Assez de blagues sur la goutte de pipi sur le bord de la cuvette des WC ! Arrêtez !...
Le festival, le vrai, devrait rester un moment humain, où le rire serait fort, hilarant, intelligent et le mot vibrant, touchant, subtile, où l'artiste serait à nouveau ce trapéziste oscillant avec art entre émotion et joie, souffrance et bonheur comme la vie, la vraie...
Bref, si vous avez eu la chance de voir, comme moi, et dans le désordre du théâtre et du musical en remontant le temps et mes souvenirs et non dans le sens subjectif de mes préférences : "Les confidences à Allah", "Warren Zavatta", "Désirs d'opéra", "Hot House", "Barber Shop", "Sublim'Interim", "l'Apprenti magicien", "Opa Tsupa", "La Nuit s'en va le jour", "Jonathan Saguez Trio", "Ferré", "Swift", "Smoking Chopin", "Les précieuses ridicules", "Tango Argentique", "Hervé Akrich", "Bash", "A Flor de Piel", "Oulipo", "Les frères taloche", "Maestro", "Love Supreme", "Les Sax's", "Minuit Song", et ma pièce sur Delacroix, qui me tient tant à coeur ! Et quelques autres artistes que j'oublie mais qui m'ont rendu l'appétit pour la scène, oui, vous avez vécu un bon festival et vous y reviendrez certainement... et si vous les avez manqué, cherchez à savoir où ils partent en tournée...
Et faites savoir à tous ceux qui n'ont jamais vécu cet intermède magique ce qu'est le mois de juillet à Avignon, qu'il faut aller dans tous les lieux, off, In et même out pour les plus courageux qui affrontent les premiers les petites salles des caves et garages théâtrocustomisés pour découvrir des trésors ou d'énormes catastrophes pleines de cœur cependant... et oubliez, oubliez, les grosses guirlandes de boules puantes et mal écrites qui se croient irrésistiblement comiques... oubliez-les un mois seulement si vous payez votre redevance ! Faites un effort, il sera récompensé...

Florence Camoin.

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